LIVRES - LECTURES HISTORIQUES :
Les plus anciens éditoriaux montréalais du journal Le Devoir
Fais ce que dois. 60 éditoriaux pour comprendre Le Devoir sous Henri Bourassa 1910-1932
Réunis et commentés par Pierre Anctil
Les éditions du Septentrion, Québec
Montréal, le 20 avril 2010
C'est en le lisant que l'on devient lecteur
Cette année, le journal montréalais Le Devoir célèbre ses 100 années d'existence et de succès de presse et ce, malgré les valeurs de qualité et d'indépendance qui limitent sa distribution. Le journal impressionne en effet par le sérieux de ses articles et s'il semble moins facile à prime abord, c'est en le lisant que l'on devient lecteur.
Fais ce que dois
Avec une telle maxime, Henri Bourassa voyait-il arriver les guerres mondiales qui devaient forcer ses compatriotes à se battre sous le drapeau britannique ? Voyait-il éventuellement le crach boursier de 1929 ?
Soupçonnait-il d'autre part qu'un jour, un professeur d'université allait rassembler les éditoriaux écrits sous sa direction pour en faire un instrument de lecture historique au lieu de ne plus jamais être relus depuis leur parution, enfouis qu'ils étaient sous des tonnes de papier ?
Pour pallier à l'oubli de textes essentiels à une compréhension en profondeur de la pensée politique québécoise moderne, et profitant du moment de réflexion qu'imposait le centième anniversaire de la fondation du Devoir, Pierre Anctil redécouvre les éditoriaux marquants du quotidien de 1910 à 1932.
Ce parcours fait ressortir plusieurs centaines d'éditoriaux hautement significatifs, dont soixante ont été retenus. Ils sont regroupés autour de thèmes hautement porteurs, qui mettent en lumière autant d'idées clés ou de positionnements avancés par Le Devoir au cours de ses vingt-deux premières années d'existence. Ces textes sont accompagnés d'un bref commentaire qui resitue l'ensemble dans son contexte historique et offre des éléments d'interprétation plus soutenus.
À propos...
Dans bien des cas, on peut constater l'historique de la pensée sur des sujets qui ne nous quittent pas. En effet, on n'a qu'à parcourir la liste des 60 éditoriaux retenus pour se rendre compte que bien des préoccupations n'ont guère changé depuis 100 ans ou qu'elles sont redevenues plus actuelles que jamais depuis quelques décennies... Voyons quelques titres : Le canada doit-il être français ou anglais ?, Le refus de l'immigration internationale et La vague de l'immigration, Le crédit populaire, Paix et révolution, Pour que la fête ne se limite pas aux pétards et aux discours, Pendant que la politique et les politiciens se reposent, Le financement des hôpitaux dans Une requête des hôpitaux, Le ministre de la voirie et les excès de vitesse, Les compagnies d'assurance et le logement salubre, La déclaration Balfour et la question de la Palestine sous le titre Après Baldwin, Smuts, etc.
À propos des femmes...
Tout de même, il y a eu des améliorations depuis le temps. Tout particulièrement dans la volonté d'aplanissement des inégalités. Dans son éditorial Le suffrage des femmes . L'influence politique des femmes — Pays « avancés » — Femmes enculottées, le fondateur du Devoir s'opposait jalousement au droit de vote des femmes et ce malgré les intentions premières du gouvernement fédéral et malgré la participation des travailleuses à l'effort de guerre, qui plus est alors que les suffragettes avaient leur écho à Montréal. (ServicesMontreal.com a signalé le retard à accorder entre autres le droit de vote aux femmes dans un article sur Marie Victoire Du Sault et le Château Dufresne en date du 25 juillet 2002 et mis en hyperlien ci-après). On se demande quel éditorial écrirait Henri Bourassa aujourd'hui à propos de vêtements qui tout au contraire de rendre les femmes «publiques» ont servi à cacher des outils lors d'une révolution politico-religieuse et, contraire absolu aux femmes «enculottées», les hommes qui s'habillent en femmes et cherchent à se faire percevoir comme telles alors que les femmes véritables, loin d'avoir jamais atteint l'équité, s'en retrouve reculbutées vers l'arrière et réexclues des cercles masculinistes.
EXTRAITS
« Il est tout aussi outré par le verrouillage systématique de la presse par les partis les plus influents et par le contrôle qu'exerce le grand capital sur les journaux de masse dévoués à la couverture d'événements sensationnalistes ou à la dissémination des idées les plus populistes. » (p. 13 Introduction)
« Si la lutte pour des écoles bilingues avait été l'affaire surtout d'Omer Héroux, l'intensification en 1917 de l'engagement canadien dans le conflit le plus sanguinaire et le plus universel de toute l'histoire européenne jusque là trouve un écho très profond dans la conscience d'un Bourassa qui a encore fraîchement en mémoire son opposition à la guerre des Boers quinze ans plus tôt. » (p. 24 Introduction)
« En mars 1932, Héroux note que l'Allemagne s'enfonce dans une logique de radicalisation extrême et qu'un profond mécontentement semble se manifester dans toutes les couches sociales du pays. Surtout, l'éditorialiste dit craindre les militants nazis parce qu'ils n'ont pas hésité à faire preuve d'hostilité envers tout ce qui menace leur pouvoir, à commencer par l'Église catholique allemande. » (p. 377, commentaire de l'auteur pour présenter le dernier éditorial sélectionné pour son livre Fais ce que dois : 1932, Éditorial no 60 - La montée du nazisme en Allemagne)
EXTRAIT D'UN ÉDITORIAL SIGNÉ HENRI BOURASSA, Le Devoir, 1er avril 1918
L'influence politique des femmes
« La plus grande émotivité de la femme, l'empire tyrannique [...] la rendent au contraire plus incapable que l'homme, si infirme qu'il soit
[...]
« Si, par contre, l'on veut parler de l'influence morale des femmes dans la vie politique de la nation ;
si ce que l'on attend des femmes, c'est de combattre l'effroyable égoïsme et les brutales cupidités des politiciens de carrière, et d'imposer à l'attention publique mille problèmes d'ordre social dont les politiciens ne se préoccupent nullement, à moins d'y trouver un avantage de parti ou un gain personnel, oh ! alors, d'accord. »
Feuilleter l'ouvrage en ligne :
Fais ce que dois. 60 éditoriaux pour comprendre Le Devoir sous Henri Bourassa 1910-1932
AUTEUR
Pierre Anctil est professeur au Département d'histoire de l'Université d'Ottawa, où il enseigne l'histoire canadienne du XXe siècle. Il s'intéresse en particulier à l'émergence du nationalisme québécois au cours de cette période. Il est aussi l'auteur de plusieurs études sur les Juifs de Montréal et de traductions du yiddish au français.
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